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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 14:00

Attendre Godot ? C'est qui ? Beckett a dit " Je n'en sais rien ! Si je le savais je l'aurais dit"

Cela faisait longtemps que j'avais envie d'écrire quelque chose sur Jean

Rodien et Godot, tant pour nous, stagiaires de Voiron, le personnage

d'Estragon dans la pièce de Beckett a été phagocyté par Jean.

Mais la chose était difficile - elle l'est encore d'ailleurs - mais je ne vois pas comment ce Blog pourrait passer cette époque sous silence.

D'après Yves Doncque, qui le tient de la bouche même de Jean, Samuel Beckett a estimé que la version que la Comédie des Alpes a donné de sa pièce était la plus conforme à ce qu'il avait peut être voulu, car il n'en était plus tout à fait sur: c'est le propre de l'absurde qui contamine son auteur.

beckett

 

En attendant Godot, c'est quoi ?

L' épouse de Jean Latour qui faisait partie de la distribution de la création en 1953 résume assez bien l'action :

 

"Quand le rideau se lève, apparaissent deux vagabonds, sans âge, l’un porte une vieille jaquette de cérémonie, sur une chemise d’un blanc douteux, dont le col est fermé par une cravate chiffonnée, l’autre un complet noir lustré de crasse dont la veste est trop étroite et un foulard autour du cou. Comme Charlie Chaplin, ils sont coiffés de deux melons, extraits sans doute de la poubelle d’un chapelier. Ce sont Vladimir et Estragon ou plus familièrement Didi et Gogo.

Et le dialogue commence :
« -Estragon : Rien à faire
   -Vladimir : Je commence à le croire...j’ai longtemps résisté à cette   pensée, en me disant, Vladimir sois raisonnable... »

  Écoutons le dans une lecture à une voix de Jean Rodien:

  Sans-titre-9B

 

  

 

  arlequin

   

                                                                                        

  

 

 

 

 

 

"En réalité, ils ne seront raisonnables ni l’un ni l’autre et espéreront pendant deux heures rencontrer un mystérieux personnage, réel ou imaginaire, qui ne viendra jamais.

Leur attente sera distraite par l’arrivée d’un couple étrange, Pozzo et Lucky, le riche gentleman farmer en macfarlane et bottes de cuir, arrogant et féroce et, dans un costume de valet à la française, son esclave gâteux et atteint de la maladie de Parkinson.

Traversant le monde, ils vont, l’un menant l’autre au bout d’un licol. Eux partis, Didi et Gogo se retrouvent seuls, se morfondent de nouveau dans une expectative sans fin sinon sans espérance. Godot viendra demain, c’est sûr !"

Le thème d’En Attendant Godot appartient au théâtre bourgeois. Quoi de plus banal en effet que de s’appesantir sur la solitude, l’espérance déçue, la misère morale. Il n’est qu’à relire le théâtre des années 30 et 40 pour s’en persuader. Mais chez Beckett, grande nouveauté, l’anecdote est totalement absente. Aucune histoire. Pas d’exposition, pas de développement, pas de conclusion. Qui sont ces deux vagabonds ? Sans doute d’anciens professeurs, en tout cas des intellectuels, des penseurs. Ce ne sont pas des clochards aux poches déformées par des litrons de rouge, ce sont des marginaux dérisoires. Et, l’étrange chose, ils ne parlent jamais d’amour.(.).Beckett refuse la facilité qui consiste à se servir des ressources offertes par l’analyse des sentiments. Ses personnages sont insensibles au monde et semblent avoir ignoré de tout temps les mystères du coeur et de la procréation. L’humain ne les intéresse pas du tout.

Ils se contentent d’attendre Godot, c’est-à-dire quoi ? Dieu, la Révolution, ou simplement le patron éventuel ? Personne ne le saura. À la fin du premier acte, ce Godot n’est pas venu.

« Et le deuxième acte a ce toupet extraordinaire de recommencer le premier de bout en bout et d’être excellent  ».

La pièce se termine sur les deux hommes, désappointés de nouveau et qui reprennent leur errance :
« Vladimir - Alors, on y va ?
   Estragon - Allons y. »

 Ils ne bougent pas".

 

 

 

C'est la vision du tableau de Kaspar David Friedrich qui a inspiré à Beckett cette pièce à quatre personnages et un arbre.caspar david friedrich (inspiration de beckett)

 

Créée le 4 janvier 1953 au mythique théâtre Babylone à Paris, dirigé par Jean-Marie Serreau, qui prenait le risque refusé par bien d'autres, elle fut mise en scène et interpretée par Roger Blin avec Lucien Raimbourg, Pierre Latour et Jean Marin récemment disparu.

pierre latour(E),lucien raimbourg (V), jean Martin (Lucky)

C'est 10 ans plus tard, jour pour jour, que la Comédie des Alpes donna la première de sa version de la pièce dans des décors et costumes de Bernard Floriet et une mise en scène de René Lesage.

D'après les archives du spectacle à la Bnf, c'est René Lesage qui interprêtait Estragon, Jean Rodien Vladimir, Raoul Marco, Lucky et Michel Chaigneau, Pozzo.

La version fut reprise en 1967.

Après un séjour à Amiens et à Albertville, elle sillonna la France, jusqu'à revenir à Grenoble où elle occupa, dans la nouvelle maison de la Culture, la petite salle pendant 10 jours, du 5 au 14 février 1968, à l'occasion de l'inauguration de la MC2 et des jeux olympiques d'hiver.

La troupe enchaîna par une tournée, que Jean trouva merveilleuse, dans les universités d'Amérique du Nord, du 20 février au 15 avril 1968.

La distribution était là celle que nous avons connue: Rodien en Estragon, Lesage en Vladimir, Julien en Lucky, Marco en Pozzo et Viguier dans le rôle du garçon.

J'ai un souvenir très précis de la veillée à Voiron, où Jean, qui avait invité René Lesage, nous fit avec son compère une belle leçon de lecture théâtrale!

 

La pièce fut reprise dans la même mise en scène, une troisième fois, le 26 février 1975, cette fois dans la grande salle, à anneau tournant de la maison de la culture de Grenoble, Jean et René tenaient leur rôles, Beyler remplaçait Julien et Amphoux, Marco.

 

Depuis, qui n'a pas vu "En attendant Godot" reprise par de nombreuses troupes, y compris 181par celle de

la Comédie Française, ou produite à la télévision avec Rufus et traduite en 200 langues, y compris en 2007 en langue Kabyle! 

 

  godot texte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui n'a pas dans sa bibliothèque l'édition de poche des éditions de minuit!

Qui n'a pas souvenir de cette réplique fameuse : "Les gens sont des cons!"

  beckett2 3345beckett enattendantgodot

Voici pour conclure un extrait  sonore de la répétition de la version de 1975, dans la grande salle de la maison de la culture de Grenoble. Le son n'est pas bon, mais ils revivent là pour nous.

 

  arlequin

   godasses-W

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 masque-eam5bleu-clair.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

lucienne gonnet-cottin 16/10/2013 21:35

je suis une des petites filles de jean rodien, je garde un souvenir d'un grand-père comédien, tonitruant et merveilleux, forcément grandi par le souvenir... entendre sa voix me donne la chair de poule, c'est toute sa présence. il m'a laissé en héritage l'amour du théâtre, de la comédie...
merci pour votre démarche généreuse!

Agnès René de Padilla 17/10/2013 06:16

Coucou Lucienne
Ta vieille tante se réjouit de savoir que toi aussi tu as pu partager ces moments d'émotion de grande émotion en pensant à "tontonJean"
mille baisers

René de Padilla Agnès 02/08/2013 03:33

Merci Merci Jean Rodien était mon oncle
L'entendre à nouveau dans ce Godot magique à Grenoble me remplit d'émotion. J'étais toute jeune alors mais le souvenir est toujours présent dans ma tête
merci pour ce beau travail que vous avez fait!

MARCUSIMPAR 11/08/2013 15:38

votre émotion me gagne

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